Un (autre) été grec

Voici une lecture d’été, un polar méditerranéen : Un été grec, par André Fortin. Il nous vient de Marseille, ville faste qui nous a donné beaucoup d’auteurs de polar éminents, je pense au regretté Jean-Claude Izzo, et aujourd’hui à Del Pappas. Pour moi, cette lecture aura été particulière pour deux raisons, d’abord parce qu’elle se situe dans le cadre de l’opération « Masse critique » du site Babelio (le principe : on vous offre un livre, vous en faites la critique) et ensuite en raison de mes liens de longue date avec la Grèce – je n’avais évidemment pas choisi ce titre au hasard.

TEST 2Pour en finir avec le titre, justement, l’auteur précise en exergue qu’il « fait volontairement référence à celui, presque éponyme, de Jacques Lacarrière, ce grand helléniste mais aussi amoureux de la Grèce moderne, ce qui ne va pas forcément de pair. » (Je suis d’accord.)

Le roman se présente comme un récit à la première personne, en chapitres alternés. D’un côté, un juge d’instruction – anonyme mais marseillais – qui se prépare à un paisible départ en vacances, avec femme et enfants, vers le soleil de la Grèce. Au dernier moment, un dossier dérangeant, la mort suspecte d’un adolescent retrouvé noyé dans les calanques, arrive sur son bureau, et le Juge se rend compte très vite qu’il ne pourra pas en faire abstraction, même en vacances.

De l’autre côté, en contrepoint, une histoire tragique qui s’est passée quarante ans plus tôt à Athènes. A l’aube du 21 avril 1967, Marina et Apostolos, jeunes étudiants révoltés, s’aiment fougueusement alors que les chars investissent la ville et que la junte prend le pouvoir. L’engrenage des années a fait son œuvre, les bourreaux sont morts, les illusions perdues, mais pour le Juge le doute subsiste encore… Ce n’est qu’à son retour à Marseille qu’il pourra « boucler »  l’enquête et que le lien – prévisible mais non explicite – entre les deux récits parallèles apparaîtra.

Cela se lit aisément et assez plaisamment. Du côté positif, il y a la bonne connaissance que l’auteur a de l’histoire de la Grèce contemporaine, la période du régime dit « des colonels » mais aussi les deux décennies précédentes, l’immédiat après-guerre, la guerre civile et toute leur incidence sur la politique grecque et sur la vie des gens dans ce pays. Evidemment, j’étais malicieusement à l’affût mais je n’ai pas trouve de bourde majeure : ce n’est tout de même pas bien grave si l’auteur prend le tsipouro pour un apéritif anisé (c’est du marc de raisin). Quelques détails sont improbables quand on connaît la mentalité grecque (par exemple : le fait qu’Apostolos n’ait jamais adressé la parole au taulier de la taverne où son groupe se réunit…). Mais ce n’est pas péché mortel. Une page très réussie : la confession finale d’Apostolos.

C’est sans doute hautement subjectif mais je trouve moins efficace toute la partie « française » de l’histoire, l’épouse du Juge qui me semble peu crédible, ses enfants (Jules et Jim…) totalement caricaturaux. Le problème avec le polar en général et celui-là en particulier, c’est que ce genre littéraire (n’en déplaise à quelques grincheux, c’est un genre littéraire) exige une approche réaliste des choses, et donc un niveau suffisant de crédibilité.

Pas grand-chose à dire sur le style – si ce n’est que l’auteur abuse des points d’exclamation… Au total : un livre sympathique, sans plus.

Un été grec, d’André Fortin, est publié par les  éditions Jigal.

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