Nous autres hommes du 21e siècle

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Le lendemain, samedi 6 juin, je suis retournée au Point Ephémère (toujours dans le cadre de Paris en toutes lettres) pour y assister à une lecture de Nous autres, de Stéphane Audeguy par Michel Vuillermoz, en présence de l’auteur.


Nous autres
est le troisième roman de Stéphane Audeguy, qui a déjà publié deux livres aussi différents que remarquables, La Théorie des Nuages (roman céleste) et Fils unique, mémoires apocryphes du frère aîné de Jean-Jacques Rousseau, François.

La présentation de Nous autres par l’éditeur (c’est Gallimard), sur son site, est plus que brève : « De retour dans sa chambre d’hôtel, Pierre ouvre au hasard un guide touristique. Il apprend que le mot safari signifie voyage. C’est ainsi que les choses commencent. L’action de ce roman se passe au Kenya, c’est-à-dire partout. » Sans doute de la même manière que la scène d’Ubu se situait « en Pologne, c’est-à-dire nulle part » : comme quoi, quelquefois, les termes opposés signifient la même chose.

Le résumé de Bibliosurf est plus précis :

« Lorsque le narrateur apprend que son père, qu’il n’avait jamais vu, vient de mourir au Kenya, il n’imagine pas dans quelles pérégrinations il va se trouver engagé.
D’abord, ce père inconnu avait choisi non seulement de s’expatrier dans ce pays improbable, fabriqué de toutes pièces à la fin du XIXe siècle, mais encore de s’installer à Kibera, le plus grand bidonville d’Afrique de l’Est, à quelques kilomètres seulement du centre de la capitale. Ensuite, le fils découvre bien vite qu’il lui sera très difficile de respecter la dernière volonté du défunt, être inhumé en terre kenyane : les Kenyans refusent la sépulture à un Blanc.
Voilà donc le duo improbable d’un père mort et d’un fils explorateur malgré lui, lancés dans une traversée du pays à la recherche d’un lieu où il sera possible d’abandonner le corps aux bêtes sauvages… »

Interrogé dans Libération sur son choix du Kenya, Audeguy répond :

« J’ai choisi le Kenya d’abord par intuition, et ensuite par nécessité. La nécessité c’est que je voulais aller sur le Rif. Une vallée qui fait 4000 km de long, dont beaucoup d’endroits sont inaccessibles pour des raisons géopolitiques comme par exemple le Soudan. Je voulais choisir un pays qui soit partie intégrante de la mondialisation, sans conflit ethnique binaire, qui permette de parler d’une Afrique autre que le Sierra Leone ou du Rwanda. Le Kenya est certainement un des pays d’Afrique qui a l’Histoire la plus complexe et qui est arrivé à gérer relativement bien les conflits ethniques. Ça permet de faire un roman sur l’Afrique, où n’apparaisse ni le mot « sida », ni le mot « machette ».

Lecture. (Par la fenêtre, au-delà du canal, je vois une grande affiche annonçant un concert de Leonard Cohen ; c’est pour le 7 juillet.)
Déception des touristes à la vue de leur premier guépard. Visite du héros à la morgue de Nairobi. Evocation du port de Mombasa et du chantier de construction du chemin de fer, sans doute au début du 20e siècle. Réception d’un grand paléontologue à l’Alliance française. « Le dégoût d’être un homme ».

Stéphane Audeguy photographié par C. Hélie - source : Libération

Stéphane Audeguy photographié par C. Hélie - source : Libération

Quelques échanges avec Stéphane Audeguy après la lecture. Pourquoi des sujets aussi divers ? Il avoue un grand éloignement pour tout ce qui pourrait ressembler à l’autofiction, mais de l’intérêt pour notre époque : « J’ai une grande curiosité pour maintenant… pour voir ce que ça va donner ». Il aime les digressions – ce que Diderot, dit-il, appelait rhapsodies – et les « quasi-objets » (trains, nuages…) qui servent de support à son écriture. La tonalité de ce troisème livre serait-elle plus sombre ? Non, pas vraiment, car déjà dans la Théorie des Nuages, on avait toute la barbarie du 20e siècle avec la bombe d’Hiroshima… Il évoque les rites funéraires des Kenyans – à l’origine ils n’enterraient pas leurs morts mais les exposaient aux vautours …

« Nous » : au nom de qui le discours narratif est-il tenu ? « La culture c’est le nous – un collectif dans lequel on est pris – mais ça peut englober aussi les animaux, les volcans, les pierres. »

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4 réflexions au sujet de « Nous autres hommes du 21e siècle »

  1. Chère ex Fuli, désormais Elisabeth,

    Je découvre le nouveau blog – et la véritable identité – avec grand plaisir. Toujours de belle qualité. Je l’ajoute de ce pas à mes liens favoris. Et hop !

    Et je m’aperçois que nous avons de nombreux points communs : la revue des ressources ou Castalie – blog que j’apprécie mais qui me frustre puisque un peu trop délaissé.
    Enfin, et surtout, ma passion pour Kavvadias. Je regrette de ne pas pouvoir lire le grec afin de profiter des ses poèmes. J’en ai parlé, voilà quelques années à Bruno Doucey, le directeur de Seguers ; il faudrait que je le relance. J’ai su aussi, par d’a

    A très bientôt, j’espère.

    Eric Poindron

  2. Cher ex Fuli et désormais Elisabeth,

    Formidable ce nouveau blog que je découvre à l’instant. Je vais m’empresser de le mettre dans mes liens favoris.

    En voilà des points communs : la revue des ressources et le joli blog Castalie (qui semble toutefois un peu à l’abandon).

    Quant à Nikos Kavvadias, il est pour moi une très grande passion. je regrette de ne pas lire le grec afin de pouvoir profiter de sa poésie. J’en avais parlé, voilà quelques années, à mon ami Bruno Doucey, directeur éditorial chez Seguers, il faudrait que je le relance. J’ai appris aussi, par d’autres sources, que les négociations avec les ayant-droits n’étaient pas facile. Qu’importe, il demeure le quart, ce livre définitif que j’ai offert des dizaines de fois.

    A très bientôt de vous lire.

    Eric Poindron.

  3. Ping : Paris en toutes lettres, 2e édition « Sédiments

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