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Le carnet de notes de l'ex-Fuligineuse —— an V

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Lettres de noblesse

Posté par Elizabeth le 26 novembre 09 - 0:27

S’il fallait encore une preuve que le roman policier a maintenant acquis, dans le monde des lettres, une légitimité qui lui a longtemps été refusée, cela pourrait être la récente parution dans la noble collection Quarto de chez Gallimard des romans de Dashiell Hammett, dans une nouvelle traduction de Nathalie Beunat et Pierre Bondil.

 

Parution nécessaire, car « cette oeuvre essentielle n’était pourtant toujours pas accessible, en France, dans une traduction fidèle », indique le Magazine littéraire dans un excellent article. La nouvelle édition souhaite restituer Hammett « au plus près de son style, selon Françoise Cibiel, responsable de la collection de Gallimard qui, depuis cinq ans maintenant, tente de redonner vie à une oeuvre malmenée par le temps. Et par les tontons flingueurs de la Série Noire, où il fut publié initialement. Passés au tamis des codes de l’institution de Marcel Duhamel, les dialogues secs de Hammett se sont mués en un argot année 1940, entre la gouaille d’Arletty et le patois d’Auguste Le Breton. (…)

‘Avec une sécheresse de ton, il campe en quelques lignes une situation qui, à l’épreuve de l’argot franchouillard, ne tenait plus’, explique la traductrice Natalie Beunat qui, trois ans durant, avec Pierre Bondil, s’est immergée dans la noirceur de Hammett. En repartant des versions originales : la Série Noire coupait sauvagement dans les textes afin qu’ils ne dépassent pas les deux cent cinquante pages. Ainsi, 30 % de la Moisson rouge avait disparu et des coups de ciseaux ont rendu La Clé de verre tout bonnement incompréhensible. »

Soyons honnêtes : les auteurs de polars, et non les moindres, Raymond Chandler en tête, ont toujours considéré Hammett comme un des piliers du roman noir moderne. John Huston a porté à l’écran le Faucon maltais, dans ce qui est devenu un film mythique (1941), et Wim Wenders a fait de Hammett le personnage principal du film éponyme (1982).

Le Faucon maltais (image Allociné) - de g. à dr. : Humphrey Bogart, Mary Astor, Peter Lorre, Sydney Greenstreet

Samuel Dashiell Hammett est né le 27 mai 1894 dans le Maryland. Il travaille cinq ans comme détective privé pour le compte de l’Agence Pinkerton, puis commence à écrire des nouvelles policières au début des années 1920 pour les pulp magazines, notamment pour le plus célèbre d’entre eux : Black Mask.

Il devient très vite le chef de file d’une nouvelle école d’écriture appelée l’école des « durs à cuire » (hard-boiled). En utilisant son expérience de détective, il révolutionne la fiction policière en y ajoutant un élément novateur : la vraisemblance. Son style nerveux se reconnaît à ses phrases courtes, ses dialogues incisifs. Il introduit pour la première fois le langage de la rue et l’argot. Scénariste pour les studios à Hollywood, il partage la vie de la dramaturge Lillian Hellman durant trente ans.

Engagé politiquement aux côtés de la gauche américaine, il est convoqué deux fois devant les tribunaux pendant la période maccarthyste, en 1951 et en 1953, et condamné à six mois de prison. Hammett a publié cinq romans et plus d’une cinquantaine de nouvelles. On le considère comme le père fondateur du roman noir américain. Il meurt au Lenox Hill Hospital de New York le 10 janvier 1961. (source : Bilipo)

Hammett est également à l’honneur cet hiver à Paris à la Bibliothèque des littératures policières (Bilipo), qui lui consacre une exposition intitulée Le mystère Hammett, la naissance du roman noir (jusqu’au 27 mars 2010).

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Un (autre) été grec

Posté par Elizabeth le 1 juillet 09 - 8:25

Voici une lecture d’été, un polar méditerranéen : Un été grec, par André Fortin. Il nous vient de Marseille, ville faste qui nous a donné beaucoup d’auteurs de polar éminents, je pense au regretté Jean-Claude Izzo, et aujourd’hui à Del Pappas. Pour moi, cette lecture aura été particulière pour deux raisons, d’abord parce qu’elle se situe dans le cadre de l’opération « Masse critique » du site Babelio (le principe : on vous offre un livre, vous en faites la critique) et ensuite en raison de mes liens de longue date avec la Grèce – je n’avais évidemment pas choisi ce titre au hasard.

TEST 2Pour en finir avec le titre, justement, l’auteur précise en exergue qu’il « fait volontairement référence à celui, presque éponyme, de Jacques Lacarrière, ce grand helléniste mais aussi amoureux de la Grèce moderne, ce qui ne va pas forcément de pair. » (Je suis d’accord.)

Le roman se présente comme un récit à la première personne, en chapitres alternés. D’un côté, un juge d’instruction – anonyme mais marseillais – qui se prépare à un paisible départ en vacances, avec femme et enfants, vers le soleil de la Grèce. Au dernier moment, un dossier dérangeant, la mort suspecte d’un adolescent retrouvé noyé dans les calanques, arrive sur son bureau, et le Juge se rend compte très vite qu’il ne pourra pas en faire abstraction, même en vacances.

De l’autre côté, en contrepoint, une histoire tragique qui s’est passée quarante ans plus tôt à Athènes. A l’aube du 21 avril 1967, Marina et Apostolos, jeunes étudiants révoltés, s’aiment fougueusement alors que les chars investissent la ville et que la junte prend le pouvoir. L’engrenage des années a fait son œuvre, les bourreaux sont morts, les illusions perdues, mais pour le Juge le doute subsiste encore… Ce n’est qu’à son retour à Marseille qu’il pourra « boucler »  l’enquête et que le lien – prévisible mais non explicite – entre les deux récits parallèles apparaîtra.

Cela se lit aisément et assez plaisamment. Du côté positif, il y a la bonne connaissance que l’auteur a de l’histoire de la Grèce contemporaine, la période du régime dit « des colonels » mais aussi les deux décennies précédentes, l’immédiat après-guerre, la guerre civile et toute leur incidence sur la politique grecque et sur la vie des gens dans ce pays. Evidemment, j’étais malicieusement à l’affût mais je n’ai pas trouve de bourde majeure : ce n’est tout de même pas bien grave si l’auteur prend le tsipouro pour un apéritif anisé (c’est du marc de raisin). Quelques détails sont improbables quand on connaît la mentalité grecque (par exemple : le fait qu’Apostolos n’ait jamais adressé la parole au taulier de la taverne où son groupe se réunit…). Mais ce n’est pas péché mortel. Une page très réussie : la confession finale d’Apostolos.

C’est sans doute hautement subjectif mais je trouve moins efficace toute la partie « française » de l’histoire, l’épouse du Juge qui me semble peu crédible, ses enfants (Jules et Jim…) totalement caricaturaux. Le problème avec le polar en général et celui-là en particulier, c’est que ce genre littéraire (n’en déplaise à quelques grincheux, c’est un genre littéraire) exige une approche réaliste des choses, et donc un niveau suffisant de crédibilité.

Pas grand-chose à dire sur le style – si ce n’est que l’auteur abuse des points d’exclamation… Au total : un livre sympathique, sans plus.

Un été grec, d’André Fortin, est publié par les  éditions Jigal.

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