Écritures muettes

16 09 2009

C’est bien tardivement, puisque cette exposition s’est achevée le 23 août dernier, que je parlerai d’ Écritures silencieuses, expo qui avait lieu dans les beaux quartiers parisiens, à l’Espace Louis Vuitton (oui, au carrefour des Champs-Elysées, en face du Fouquet’s…) Espace qui a le mérite d’insuffler un peu de matière culturelle dans une zone sinistrée, vouée aux fast-foods et aux souvenirs touristiques.


Le concept de l’expo, point de départ intéressant, fait dialoguer trois tablettes d’écriture polynésienne « Rongorongo », non déchiffrées depuis leur découverte sur l’île de Pâques au XVIIIe siècle[1], avec les œuvres d’artistes contemporains qui tentent, avec ou sans les mots, de dire l’indicible. Démarche qui produit des objets de formes et de supports des plus variés. Il est difficile et hautement subjectif de décider ce qui, en l’occurrence, pourra être ou non pertinent par rapport au projet. Pour ma part j’ai assez tendance à adhérer à l’avis de l’ami Lunettes Rouges qui souligne à quel point, parmi les artistes rassemblés, certains n’ont que « des liens plutôt ténus » avec le thème.

Closky_Alphabet

Mais j’ai comme lui admiré l’aphabet de Claude Closky, composé de cent lettres : les 26 lettres de l’alphabet latin, plus 74 nouveaux caractères de son cru, qui ont l’évidence de leur simplicité. Elles sont constituées, comme les vraies, de trois ou quatre traits au maximum. « Le supplément de lettres semble promettre une multiplication des mots et des nuances du sens, et donc de nouveaux concepts, indique l’artiste[2]. C’est également un recul de la portée symbolique de chaque signe, le recul de l’abstraction nécessaire au signe pour fonctionner, et la remise en cause du pouvoir combinatoire des lettres entre elles. » Pour moi, cette prolifération renvoie aussi au grand écart perpétuel de l’écriture, entre la masse des mots disponibles et la nécessité de l’invention d’une langue spécifique à l’écrivant.

Une œuvre saisissante de Giuseppe Penone, également, cette Inpronta di Linfa/Scrigno (Empreinte de sève/Ecrin) qui associe un tronc d’arbre à une coulée de bronze et un panneau de cuir, mêlant étroitement la nature et l’artefact, comme dans la Matrice de Sève qu’il avait récemment exposée dans la cour de l’Ecole des Beaux-Arts.


[1] Il s’agit de moulages, les originaux étant au musée du Vatican.

[2] Dans le Journal des Arts (tiré à part du n° 307 daté 10 juillet 2009)





Écrire de soi

7 09 2009

Loin des débats futiles sur l’autofiction et autres billevesées germanopratines, le psychanalyste et écrivain « Jibé » Pontalis poursuit son travail d’écriture. Démarche qu’éclaire un entretien récemment publié (interview par Marine Landrot dans Télérama n° 3111 du 27/8/09) :

« - Dans l’essai qui vous est consacré, Le Royaume intermédiaire, Jean-Michel Delacomptée dit que vous pratiquez ‘l’autographie’. Ce mot vous plaît-il ?
- Ça me plaît d’autant plus que je crois que, un peu imprudemment, c’est moi qui ai inventé ce terme. Contrairement à l’autobiographie, qui consiste à parler de soi, l’autographie, c’est le je qui s’écrit sans se prendre comme objet. On est dans le mouvement même de l’écriture. Le je s’écrit, il ne se décrit pas, il ne s’objective pas. Il fait entendre sa propre voix mais pas forcément en parlant de lui. L’autographie, c’est ‘j’écris en mon nom’, mais je ne me regarde pas dans un miroir. »

Je me suis interrogée sur ce terme d’autographie. La Wikipedia ne connaît d’autographie qu’un « procédé d’imprimerie du début du XIXe siècle permettant de transposer sur une pierre lithographique des dessins réalisés sur un papier spécial avec une encre grasse ». Et Larousse idem : « Transfert sur une pierre lithographique des traits tracés sur un papier dit ‘à report’, à l’aide d’une encre grasse ; reproduction ainsi obtenue. » On trouve davantage de références à l’autographie dans les sphères de la psychiatrie et de la psychanalyse : voir par exemple cet article.

Le lot à Entraygues - août 09

Le Lot à Entraygues - août 09

« On est fait de mille autres. L’illusion, c’est le moi qui prétend être un », disait-il déjà en 2006 dans un entretien au Monde. Et dans son livre Fenêtres (Gallimard, 2000) : « L’analyse, le rêve, l’écriture : trois mouvements actifs qui me déprennent du moi-même. Le moi s’y perd, le je s’y trouve. » Pourquoi chercher autre chose ?





Des livres que je n’écrirai pas

17 08 2009

Oh ! tous ces livres que je n’écrirai jamais ! Pourtant leurs titres existent :

La route perdue

Ombres parallèles

Le passage des grues cendrées

Alphabet malhabile

Alphabet malicieux

Alphabet malencontreux

Sans aucun doute

Trilogie : Tracas, Frimas, Fracas

La triste histoire de Sébastien et Barnabé

 

Basile Gerlos : Les yeux bleus

Basile Gerlos : Les yeux bleus

Le territoire des ombres

Les frénétiques

Ostensiblement

Au pied du Canigou

Pages d’un livre perdu

Pages d’un livre brûlé

Le jour de l’éclipse

La vie tumultueuse de Bill Vezay

Peine perdue

Débardages

Rhéologie des larmes

Le combat de Bonus et Malus

Lâchez tout !

Corolles en l’air

L’ascension du Mont Perdu

…etc….

Sans me donner beaucoup de mal, je pourrais faire des quatrièmes de couverture pour tous ces livres…

Par exemple, Ombres parallèles (roman) : Dans une ville incertaine, dont les habitants semblent avoir perdu la mémoire, une femme erre à la recherche de l’homme qu’elle a aimé et perdu. Le hasard, ou le destin, va mettre sur son chemin un étranger qui lui ressemble. Ne serait-ce pas le même, qui a changé de nom, changé de vie ? Est-ce une nouvelle chance qui lui est donnée ? Une rencontre qui trouble l’héroïne et l’amène à poser un regard différent sur ce qu’elle a vécu.

Ha ha ha, on dirait du Harlequin.

Donc, je n’ai même pas besoin de les écrire. CQFD.

——

PS – le 19 décembre 2010. J’ai retrouvé un autre titre inutilisé : L’excès lent.








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