Du vent dans les haubans

24 08 2011


 

Le son que j’entends, alors que je travaille à la bibliothèque, est très faible et j’imagine, je ne sais pourquoi, être la seule à l’entendre (sans certitude, car je n’en ai jamais parlé à personne). Ce sont de longs et bas mugissements, pas toujours sur la même note, de longueur inégale, et qui parfois s’enchaînent l’un à l’autre. J’ai longuement cherché ce qui pouvait produire ce bruit et j’ai pensé que cela devait provenir du vent – de l’air tout simplement – qui siffle dans les haubans attachés aux barres verticales, horizontales, obliques qui strient la façade du bâtiment. Cela pourrait être aussi les haubans d’un grand pont, en pleine campagne, et l’on s’est arrêté avant de le franchir, et le moteur s’étant tu, on n’entend plus que ce faible sifflement musical venu de très loin, en face de l’immensité vide du ciel. Ou bien encore ce serait le son produit par des instruments inconnus, dont joueraient les membres d’une peuplade primitive, qui ne vit pas ici, mais bien loin de l’autre côté des forêts. Et ils ne s’interrompent jamais, il s’en trouve toujours un pour prendre le relais du précédent, tandis que, la tête levée comme un lapin à l’orée du bois, j’essaie sans trop y croire de déterminer d’où proviennent les ondes sonores.





Du vent dans les haubans

30 06 2011


Le son que j’entends, alors que je travaille à la bibliothèque, est très faible et j’imagine, je ne sais pourquoi, être la seule à l’entendre (je n’en ai jamais parlé à personne). Ce sont de longs et bas mugissements, pas toujours sur la même note, de longueur inégale, et qui parfois s’enchaînent l’un à l’autre. J’ai longuement cherché ce qui pouvait produire ce bruit et j’ai pensé que cela devait provenir du vent – de l’air tout simplement – qui siffle dans les haubans attachés aux barres verticales, horizontales, obliques qui strient la façade du bâtiment. Cela pourrait être aussi les haubans d’un grand pont, en pleine campagne, et l’on s’est arrêté avant de le franchir, et le moteur s’étant tu, on n’entend plus que ce faible sifflement musical venu de très loin, en face de l’immensité vide du ciel. Ou bien encore ce serait le son produit par des instruments inconnus, dont joueraient les membres d’une peuplade primitive, qui ne vit pas ici, mais bien loin de l’autre côté des forêts. Et ils ne s’interrompent jamais, il s’en trouve toujours un pour prendre le relais du précédent, tandis que, la tête levée comme un lapin à l’orée du bois, j’essaie sans trop y croire de déterminer d’où proviennent les ondes sonores.

(photo de l’auteur)





Parution de Borborygmes n° 19

25 06 2011

 

Parvenue à l’âge respectable de cinq ans, sous la houlette de Julien Derôme, Borborygmes « est une revue de création littéraire et plastique qui publie dans chaque numéro des textes inédits d’une dizaine d’auteurs choisis par le comité de lecture. Poésies, nouvelles, extraits de romans… Borborygmes défend une diversité de thèmes et de styles et ne se lasse jamais de découvrir de nouvelles plumes. Avec plus d’une centaine d’abonnés et diffusée dans une quarantaine de librairies en France, notre revue soutient ses auteurs avec enthousiasme et organise régulièrement des lectures-spectacles en librairie. »

Le numéro 19, qui vient de paraître, contient des nouvelles, de poèmes et des textes hors catégorie, signés de Marie Simon, Boris Paillard, Julien Derôme, Audrey Mauriange, Axl Cendres, Guillaume Decourt, Frédéric Forte, Vincent, Robin Czarniak, Arthur Bidegain, Mathieu Germe… avec des illustrations de Jo Vargas. J’ai le plaisir d’y publier un texte intitulé Pieds et poings liés et trois poèmes à contrainte. Le Borbo 19 a été l’objet d’une lecture hier soir 24 juin dans l’atelier du peintre Julien Labail, dont les œuvres aux couleurs éclatantes ont illuminé la soirée.





My lady en sous-sol

11 04 2011

Photo de Louise Imagine

Bon sang, qu’est-ce que je fais dans ce sous-sol sordide ? Comment je suis arrivé là ? C’est un accès de parking, on dirait. Mais je n’ai pas de voiture, qu’est-ce que je ferais d’une voiture ? Puisqu’il n’y a plus d’essence nulle part… Il faut que je trouve comment sortir d’ici. La lumière des néons m’éblouit et puis il y a cette musique sirupeuse qui me donne envie de vomir. Je ne vois pas de porte, ce n’est pas possible qu’il n’y ait pas de porte ici, il y en a forcément une ! Bon, on se calme et on cherche la sortie… voyons… à droite… non ce sont les toilettes… Et cette cabine au fond, qu’est-ce que c’est encore ? Il y a une inscription au-dessus, j’ai du mal à lire, ah oui… ÉTOILE VERTE… Je me demande à quoi ça sert. L’entrée est voilée par un petit rideau mais il n’arrive pas jusqu’en bas, c’est curieux. Bon, je vais aller voir. Il me semble qu’il y a quelqu’un à l’intérieur ! Il faut que j’en aie le cœur net. J’ai l’impression que l’intensité de la lumière a encore augmenté, c’est insupportable. Non, il n’y a personne dans la cabine, je ne sais pas comment j’ai pu croire le contraire. Un petit tabouret rond, un tas de boutons, une sorte de glace. Je parie que c’est comme ça qu’on sort d’ici. Je vais appuyer sur un bouton, n’importe lequel, et on verra bien… Waouh ! Je suis emporté à toute vitesse dans un tunnel plein de lumières tournoyantes ! Au fond j’aperçois une lueur blanche aveuglante. On s’en rapproche de plus en plus, mais on ne l’atteint pas. Je me sens léger, très léger, comme une plume, même pas, comme un fragment de duvet détaché d’une plume. Imagine un peu ça, Louise ! Je flotte, emporté par un courant irrésistible. Je vais arriver bientôt, je le sens. Il n’y a qu’une chose qui m’embête, c’est que j’ai oublié de laisser la clef à la voisine pour qu’elle arrose mes plantes vertes.

Ce texte est composé comme jeu d’écriture (jeu n°6) pour le site A mille mains, à partir d’une photo de Louise Imagine.





Apocalypse survenue

14 12 2010

Une fois n’est pas coutume : voici un texte de fiction,
provenant de mes archives (juillet 2006)

A présent c’était trop tard. Il n’y avait déjà plus de cymbales, plus de fougères, plus de scarabées ; il n’y en aurait plus jamais. La rivière avait commencé de couler à l’envers, l’eau se dirigeant vers la source pour y rentrer, avec un effort visible, se traduisant par une crispation du front. Les saltimbanques munis de passoires fines comme des gazes chirurgicales tamisaient les nuages mais ne récoltaient rien – ou si peu : quelques grains de poudre, quelques feuilles déjà sèches tombées d’un arbre. Le soleil noir donnait aux cheveux des reflets violacés et mouvants comme les flaques de gas-oil sur l’eau du canal. La seule chose qui existait en abondance c’était le silence, un silence si profond qu’on y plongeait comme au fond d’un gouffre, griffant à peine les parois d’un ongle translucide et désincarné.

"Transito en espiral", tableau de Remedios Varo, DR

Arrivé au sommet de la montagne, j’ai fermé les yeux et j’ai retenu ma respiration, puis je me suis jeté dans le vide et vous voyez, je plane encore, je n’en finis plus de planer, m’appuyant parfois sur les ailes du contraire. Je flotte entre deux airs, entre deux vents, emporté dans la mouvance d’une autre planète. De ma poche je sors un petit caillou pour lester le message que je vous envoie, roulé en boule, ce texte que vous êtes à l’instant même en train de lire, debout sur la terre désertée.





Borborygmes n° 17

1 05 2010

Fondée en 2006, sous la houlette de Julien Derôme, Borborygmes « est une revue de création littéraire et plastique qui publie dans chaque numéro des textes inédits d’une dizaine d’auteurs choisis par le comité de lecture. Poésies, nouvelles, extraits de romans… Borborygmes défend une diversité de thèmes et de styles et ne se lasse jamais de découvrir de nouvelles plumes.
Avec plus d’une centaines d’abonnés et diffusée dans une quarantaine de librairies en France, notre revue soutient ses auteurs avec enthousiasme et organise régulièrement des lectures spectacles en librairie. »

On retrouve dans ses colonnes les noms de Jean-Claude Pirotte, Zeno Bianu, Robin Czarniak, Cécile Brisson, Jacques Houssay et bien d’autres…

Borborygmes, qui se déclare « le trimestriel le plus petit du monde » (avec un format de 10,5 x 14,5 cm), publie bientôt son numéro 17 (mai 2010) qui contient notamment une nouvelle hyper-courte de mon cru, Petite histoire finissant mal.





Moi, de mon côté, pour ma part…

12 04 2010

Foin de toute modestie, je suis très contente d’annoncer la parution de mon texte La disparition des écrins dans la magnifique revue en ligne Autour des auteurs (n° 17, avril 2010). Revue qui propose plein de belles choses à lire…





Théorie de la narrature

3 04 2010

J’ai toujours aimé les mots-valises qui permettent de combiner deux notions grâce à leur homonymie relative. C’est pourquoi j’ai été ravie quand, au fil d’une phrase que j’écrivais sur le sentiment de la nature qu’exprimait un narrateur, m’est venu le mot de narrature.

Qu’est-ce que la narrature ? A l’évidence, il s’agit d’une narration (selon le TLF : Récit développé dans une oeuvre littéraire ; exposé détaillé de la suite de faits et d’actions constituant l’intrigue) se rapportant à la nature (selon le TLF : Milieu terrestre particulier, défini par le relief, le sol, le climat, l’eau, la végétation). A l’école de la narrature se rattachent donc les écrivains de terroir, les Pourrat, les Pergaud – auquel Pierre Assouline a récemment rendu hommage – Genevoix, Giono, Bosco et bien d’autres… Des Canadiens… Des Suisses : Ramuz, Chappaz… Et il faut y inclure aussi le grand D.H. Thoreau, auteur de Walden, précurseur des écologistes ; et puis des gens comme Kenneth White ou encore les écrivains dits « du Montana », McGuane, Jim Harrison, Rick Bass…

Je lance ce mot dans le domaine public, n’ayant aucune envie de conserver sur lui une quelconque exclusivité. Naturellement.

(Image : paysage d’Auvergne, photo de l’auteur, qui ne se souvient plus de quelle rivière il s’agit…)





Fragmentaire

12 02 2010

Rico Wack : Ajax 2005

Tout dérive (moi y compris) de ce mot qui m’a été donné en rêve.

Dans ce rêve, j’étais désignée comme « fragmentaire » comme si c’était une fonction, un métier : comme on est secrétaire, ou légataire, ou vacataire. Cela me donnait une grande satisfaction, comme si j’avais trouvé la place juste.

Car ce mot est venu rencontrer une manière d’être que j’éprouve et que le sens du mot va m’aider à élucider. (Ce qui est plus difficile à exprimer, c’est que je l’éprouve d’une manière tout à fait concrète, comme un état physique.) Mon dictionnaire favori, le Trésor de la Langue française, me dit que le suffixe –aire sert à former des adjectifs marquant différents rapports : d’attribution, de possession, d’appartenance, de destination, de cause. Tous ces rapports croisés pointent vers l’approche d’une identité. Il en va de même pour les « aires d’emploi » citées où les adjectifs en –aire sont fréquents : médecine et anatomie, botanique, juridique. Tous domaines où l’on va s’en servir pour désigner, déterminer, identifier.

Mais il y a plus. L’adjectif « fragmentaire » signifie en effet deux rapports exactement symétriques : d’une part, « qui est constitué de fragments » ; de l’autre, « qui constitue un fragment d’un tout ». Il me semble ainsi, en adoptant cette notion, m’inscrire comme une fractale dans un schéma de contenant/contenu. Je suis constituée de fragments juxtaposés, en pleine solution de continuité. Je m’efforce (parfois en vain) de leur construire une cohérence : ils ne s’accordent pas forcément entre eux. Par ailleurs, je suis incontestablement un fragment du grand tout, un être humain au centre (évidemment au centre, où autrement ?!) de l’univers. Ainsi, les deux sens apparemment contradictoires se réconcilient pour former une relation qui les englobe plus largement.

Source image





Matin et soir

1 10 2009

Autrefois – mais c’était il y a bien longtemps, dans un royaume près de la mer – je n’aimais que le soir. Le soir annonciateur de la nuit, la nuit qui allait déployer tous les éventails de plumes du possible, éclatants de brillance sur sa noirceur. Ne pas savoir ce qu’elle réservait, dans ses coffres-forts de la Voie Lactée, était aussi une promesse. Les fenêtres ne s’ouvraient que sur des infinis. Le chatoiement de l’inconnu étalait son attraction inéluctable. Je me laissais nonchalamment glisser dans ces rivières de ténèbres.

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Cela s’est passé. Je ne sais pas si c’est la beauté que je salue maintenant, mais j’ai découvert la gloire des matins. Le jour se lève, les nuages s’écartent pour laisser apparaître le soleil dans sa présence royale. La journée sera inévitablement ce qu’elle sera et cela recèle une joie infaillible. La splendeur de la gouache a fait place à la sécheresse de la gravure. Épuré, le dessin vient s’insérer à la place qui lui revient. L’approche de la nuit, désormais, n’est plus que la voie d’accès aux forêts les plus lontaines.

(Photo de l’auteur)








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